Intel : la remontée fulgurante d'un géant des puces

Intel, longtemps considéré comme un poids mort de la Technologie, a connu une semaine spectaculaire, ajoutant plus de 100 milliards de dollars à sa capitalisation boursière. Une envolée de huit jours qui laisse entrevoir un retour en grâce, effaçant les doutes persistants sur sa capacité à rivaliser dans le secteur des semi-conducteurs.

Un bond de 51% : le plus beau depuis 2020

Le marché a été électrisé. En seulement huit séances, les actions Intel ont enregistré une progression de 51%, leur meilleure performance depuis janvier 2020. Un tel essor suggère un changement fondamental dans la perception des investisseurs, qui semblaient avoir abandonné la compagnie au bord du gouffre. Thomas Hayes, de Great Hill Capital, ne s'y trompe pas : Intel a clairement dépassé le stade du “soutien vital” pour entrer dans une phase de croissance.

Cette transformation n'est pas le fruit du hasard. Le récent accord pour racheter sa propre usine en Irlande, précédemment gérée en partenariat avec Apollo Global Management, a été un signal fort. Mais c'est surtout l'intégration d'Intel dans le projet Terafab d'Elon Musk pour Tesla et SpaceX, ainsi que l'engagement de Google à utiliser ses prochains processeurs Xeon, qui ont véritablement galvanisé le marché. La collaboration avec Nvidia et SoftBank l'an dernier a également contribué à un redressement de 69% du chiffre d'affaires annuel.

Le gouvernement américain, lui aussi, a flairé le vent. Son investissement initial, désormais dépassé, représente aujourd'hui plus de 27 millions de dollars. Une preuve tangible de la confiance retrouvée dans le potentiel d'Intel.

Des valorisations vertigineuses : une bulle en perspective ?

Des valorisations vertigineuses : une bulle en perspective ?

Mais l'enthousiasme doit tempérer son élan. Wall Street observe avec prudence cette ascension fulgurante. Le multiple de bénéfices estimé d'Intel frôle les 90, dépassant de 50% les sommets atteints lors de la bulle internet. Une valorisation si élevée suscite des interrogations légitimes. Seule une minorité d'analystes maintiennent une recommandation à l'achat, la plupart considérant que le cours actuel, supérieur de 27% au consensus du marché, est déconnecté de la réalité. Le titre reste, par ailleurs, presque 9% en dessous de son sommet de 2020, contrastant avec la performance éclatante de Nvidia ou Broadcom.

Jay Goldberg, de Seaport Group, tempère l'exubérance ambiante : “Le marché pourrait sous-estimer le potentiel de rebond à long terme.” Les prévisions pour 2029 laissent entrevoir un bénéfice net par action supérieur à 2,13 dollars. Après des années de difficultés, Intel dispose d'une marge de surprise bien plus importante que ses concurrents déjà bien établis. Cette capacité à déjouer les attentes pourrait bien consolider sa position de pilier central de l'infrastructure technologique mondiale, transformant ainsi une entreprise en crise en un acteur incontournable.

La remontée d'Intel est loin d'être une simple affaire de spéculation boursière. Elle témoigne d'une réévaluation profonde de son rôle stratégique dans le monde numérique, une renaissance qui pourrait redéfinir les règles du jeu dans le secteur des semi-conducteurs. Le chemin est encore long, mais le premier pas a été franchi.