Intelligence artificielle : le ralentissement de l'enthousiasme révèle des préoccupations majeures

Après des années d'effervescence, les dirigeants d'entreprises revirement sur le potentiel de l'intelligence artificielle générative. Une enquête de KPMG US révèle une inquiétude croissante quant aux attentes exagérées et aux défis inattendus liés à cette technologie. Si l'investissement reste massif, la prudence gagne du terrain.

Les attentes revues à la baisse, mais l'investissement se maintient

Selon l'étude, 75% des PDG interrogés estiment que l'IA générative a pu être surestimée l'année précédente. Cependant, ils anticipent un impact significatif, voire disruptif, dans les cinq à dix prochaines années. Cette évolution du sentiment s'accompagne d'une accélération du déploiement, avec des entreprises passant de phases pilotes à des implémentations concrètes. Microsoft, par exemple, compte utiliser Claude d'Anthropic pour alimenter ses agents d'IA en entreprise. Malgré cela, près d'un quart des dirigeants perçoivent une bulle d'investissement dans le domaine.

Pourtant, l'IA reste une priorité budgétaire. Près de 80% des dirigeants prévoient d'allouer au moins 5% de leurs budgets capitaux à l'IA cette année. Cette décision s'inscrit dans un contexte de forte concurrence, où l'innovation rapide est perçue comme un levier de croissance. Les investissements s'intensifient, notamment dans les transactions de grande ampleur, après une période de stagnation due aux incertitudes économiques.

Cyber-sécurité : une préoccupation omniprésente

La rapidité de l'innovation en matière d'IA et la gestion des risques constituent le principal facteur susceptible d'impacter la prospérité des entreprises au cours des trois prochaines années. Les craintes liées à la sécurité des données et à la protection de la vie privée générées par les agents d'IA sont particulièrement vives. Presque 90% des dirigeants s'inquiètent des risques liés aux données et à la confidentialité, ainsi que des attaques de malware assistées par l'IA. Le phishing impulsé par l'IA et les menaces internes représentent également des préoccupations majeures.

Les menaces de cyberattaques, notamment celles basées sur le calcul quantique, persistent et nécessitent une attention accrue. Les entreprises peinent à recruter des experts en cybersécurité, et la formation des employés existants est devenue une priorité. L'IA, paradoxalement, pourrait aussi complexifier la formation au jugement et à la prise de décision, en réduisant les opportunités d'apprentissage par l'expérience. Un tiers des dirigeants craignent que l'IA ne freine le développement du leadership chez leurs collaborateurs.

Les défis de recrutement et les incertitudes économiques persistent

Si l'IA peut optimiser les opérations et potentiellement réduire les effectifs dans certains domaines, elle crée aussi de nouveaux besoins en compétences. Un équilibre délicat se dessine. Les dirigeants sont confrontés au défi de trouver le bon équilibre entre l'automatisation et le maintien du capital humain. Près de la moitié des dirigeants s'attendent à une embauche modeste ou significative grâce à l'IA, mais une minorité (9%) prévoit des suppressions de postes. La crainte de ne pas pouvoir attirer les talents nécessaires en cybersécurité est un frein important.

Les opinions des dirigeants sur l'économie globale sont mitigées. Si 86% sont confiants quant à la croissance de leur propre secteur et 83% pour celle de leur entreprise, la confiance s'effrite concernant l'économie américaine (55%) et mondiale (53%). L'incertitude politique, avec les tensions commerciales et les fluctuations des taux d'intérêt, est perçue comme un facteur de risque majeur.

Malgré ces préoccupations, l'appétit pour les acquisitions reste vif. Près de deux tiers des dirigeants envisagent sérieusement des transactions en 2026, et un quart attend 2027. Cette activité, en augmentation, témoigne d'une volonté de croissance et d'adaptation dans un environnement en mutation. Une certitude émerge : l'IA n'est plus une simple promesse technologique, mais une réalité économique qui redéfinit les stratégies des entreprises.

La question n'est plus de savoir si l'IA va transformer les entreprises, mais comment elles vont naviguer dans cette révolution complexe et parfois déstabilisante.