Lagarde face au golfe : le bce se prépare à une hausse des taux ?

Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, tente de rassurer les marchés avant de quitter ses fonctions, mais les signaux émis par le BCE suggèrent un virage significatif vers une politique monétaire plus restrictive. La guerre en Iran ajoute une nouvelle couche d'incertitude à un contexte économique déjà tendu.

Un changement de ton, un contexte explosif

Après des erreurs de communication coûteuses en 2020 et 2022, Lagarde a cherché à projeter une image de contrôle lors de la dernière réunion du BCE. Pourtant, les analystes ont décelé un langage modifié, signalant une préparation à une hausse des taux d'intérêt dans la zone euro. Le BCE n'a pas modifié son taux de dépôt, qui reste à 2 %, mais le communiqué et le discours de Lagarde ont pris une tonalité plus fermée.

L'expression « surveiller de près », employée par Lagarde, est perçue comme un indicateur clair d'une alerte renforcée. Cette formule, déjà utilisée lors des tensions bancaires de 2023 et de 2022, précède souvent des ajustements de taux. Konstantin Veit, de Pimco, souligne que le seuil à franchir par le BCE pour ignorer une inflation supérieure à l'objectif est plus élevé qu'avant 2022. Cette évolution s'explique par des conditions de départ différentes, une politique monétaire moins dépendante de modèles macroéconomiques et une plus grande flexibilité.

L'impact de la guerre en Iran, ainsi que l'interruption potentielle des livraisons de gaz naturel liquéfié du Qatar, pèsent sur la zone euro. La compétition accrue pour l'approvisionnement en gaz entre l'Europe et l'Asie pourrait maintenir les prix élevés et freiner la croissance. Schroders, dans un avis pessimiste, estime que les marchés sous-estiment les risques d'une crise énergétique prolongée. Ils préviennent que le BCE devra s'appuyer fortement sur les données pour préserver sa marge de manœuvre dans un environnement incertain.

Moins préoccupé que la Fed, le BCE doit faire face à une vulnérabilité accrue en tant qu'importateur net de pétrole et de gaz. Lagarde a reconnu que la situation n'était pas idéale, mais a affirmé que la zone euro était bien positionnée pour faire face à un choc majeur. Les marchés, qui avaient anticipé une baisse des taux, ont désormais intégré une hausse de 25 points de base, selon Ann-Katrin Petersen de BlackRock Investment Institute.

Le timing de la première hausse des taux restera déterminant, dépendant de l'évolution et de la durée du conflit en Iran. Irene Lauro, économiste senior chez Schroders, met en garde contre la complaisance des investisseurs, soulignant que la volatilité de l'inflation énergétique pourrait être sous-estimée. Les données sur l'inflation et la croissance seront scrutées avec attention.

La situation est délicate. Le BCE devra naviguer avec prudence entre la nécessité de maîtriser l'inflation et le risque de freiner l'économie.