Okcupid trahit la confiance: vos photos vendues sans votre consentement

L'idylle numérique prend un tournant sombre. OKCupid, l'application de rencontres populaire, a vendu à la société Clarifai, spécialisée dans la reconnaissance faciale par IA, plus de trois millions de photos de ses utilisateurs, ainsi que des données de localisation, sans le moindre avertissement ni consentement. Un acte qui soulève des questions profondes sur la protection de la vie privée à l'ère numérique, et dont l'issue, étonnamment, semble acquise.

Une ftc impuissante face aux dérives

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La Commission fédérale du commerce (FTC), censée garantir le respect des règles de la concurrence et la protection des consommateurs, a mené une enquête sur cette affaire. Mais, dans un revirement surprenant, et après un changement de personnel favorable à l'administration Trump, l'enquête a été classée sans aucune sanction financière pour OKCupid. Le géant Match Group, propriétaire d'OKCupid, de Tinder, Hinge, et d'autres applications de rencontre, peut donc respirer. Il reste à voir si un juge ne remettra pas en question cette décision.

Selon le rapport de la FTC, rendu public via Ars Technica, OKCupid a “fourni à un tiers l'accès à presque trois millions de photos de ses utilisateurs, ainsi qu'à des informations sur leur localisation et d'autres informations, sans imposer de restriction formelle ou contractuelle sur l'utilisation qui pouvait être faite de ces informations”. Plus alarmant encore, la plateforme n’a pas informé ses utilisateurs, ni leur donné la possibilité de refuser ce partage de données. Une violation flagrante de sa propre politique de confidentialité, qui promettait explicitement de ne pas partager les informations personnelles sans consentement.

Ce qui rend cette affaire particulièrement choquante, c'est l'intimité inhérente aux applications de rencontres. Les photos, associées à des données personnelles sensibles, sont au cœur de l'expérience utilisateur. Et le simple fait de céder ces informations à une entreprise comme Clarifai ouvre la porte à des utilisations potentiellement malveillantes, allant de la surveillance de masse à la manipulation comportementale.

L'enquête a également révélé des tentatives d'obstruction de la part d'OKCupid, qui niait initialement tout lien avec Clarifai, malgré des preuves accablantes. Ironiquement, certains dirigeants d'OKCupid avaient investi dans la société d'IA. On se souvient de l'affaire de la grand-mère incarcérée pendant cinq mois à cause d'une erreur de reconnaissance faciale d'une IA. Un précédent qui souligne le danger de déléguer des décisions cruciales à des algorithmes sans contrôle humain.

Face à cette situation, la FTC a opté pour une approche minimaliste : OKCupid s'engage à “ne jamais fausser les informations ou aider d’autres à fausser les informations”, et à ne plus commercialiser les données privées. Une promesse vague, qui ressemble plus à un simple avertissement qu'à une véritable sanction.

OKCupid, qui ne reconnaît toujours pas sa faute, se réjouit de cette issue favorable : “Bien que nous n'admettions pas avoir commis une violation, nous sommes parvenus à un accord avec la FTC sans qu'aucune sanction financière ne nous soit imposée pour résoudre une affaire remontant à 2014 et passer à autre chose”, a déclaré un porte-parole. Les mots sont fluides, mais le message est clair : l'entreprise privilégie ses intérêts financiers à la protection de la vie privée de ses utilisateurs. Le monde du dating en ligne est un marché lucratif, et il semble que la confiance des consommateurs en soit la monnaie d'échange.